Le retour du roi : Dylan Chuat, plus fort que la blessure
Imaginez être au sommet de votre art. Vous repoussez les limites de votre sport, enchaînant les performances de classe mondiale. Et soudain, une blessure vous stoppe net. C’est le cauchemar de tout athlète, une épreuve qui teste autant le corps que le mental. Le grimpeur suisse Dylan Chuat a vécu cette épreuve. Mais loin de le briser, elle semble l’avoir rendu encore plus fort.
À peine remis d’une blessure au doigt, le Valaisan vient de signer un retour spectaculaire en réalisant l’ascension de “Finite Infinity”, une voie cotée 9a, dans le secteur de Lehn, près d’Interlaken en Suisse. Une performance qui force l’admiration et qui illustre parfaitement la notion de dépassement de soi.
Dylan Chuat, la force tranquille de l’escalade suisse
Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Dylan Chuat n’est pas un nouveau venu dans le monde de l’escalade de très haut niveau. L’année dernière, il a marqué les esprits en réalisant son premier 9b, “Move” à Flatanger, en Norvège, ainsi que quatre autres voies en 9a+. Des performances stratosphériques qui le placent parmi les meilleurs grimpeurs de la planète.
Son palmarès récent parle de lui-même :
* Hyper Finale (9a+) au Rawyl, dont il signe la seconde ascension juste après le légendaire Adam Ondra.
* Super Crackinette (9a+) à Saint-Léger, un monument de l’escalade française.
* Plusieurs premières ascensions, comme X Integral (9a+) à Gottreux, prouvant sa capacité à non seulement répéter mais aussi à innover.
Ce jeune athlète de 1m78, sponsorisé par des marques prestigieuses comme Karpos, Petzl et Scarpa, est un exemple de détermination. Il grimpe depuis 2012 et a fait des falaises exigeantes comme celles de Flatanger son terrain de jeu favori, souvent accompagné de son fidèle chien, Panda.
“Finite Infinity” : un défi physique et mental
Qu’est-ce qu’un 9a ? Pour le commun des mortels, et même pour de nombreux sportifs, cette cotation peut paraître abstraite. Il faut s’imaginer un mur quasi vertical où les prises sont si petites et si éloignées qu’elles demandent une combinaison explosive de force, de souplesse et de technique. C’est un niveau de difficulté que seule une poignée d’athlètes au monde peut maîtriser. La concentration requise est comparable à celle d’un coureur de trail négociant une descente ultra-technique, où la moindre erreur se paie cash.
La voie “Finite Infinity” est un concentré de difficultés. Ouverte en 2018 par Matthias König, elle avait déjà été gravie par quelques grands noms de la discipline. Sa structure est redoutable :
1. Un premier passage de bloc évalué à 8B, une section courte mais d’une intensité extrême.
2. Un repos précaire pour tenter de récupérer.
3. Un second crux (passage le plus difficile) où l’adhérence est primordiale.
4. Une fin en 8b, qui demande une endurance à toute épreuve pour ne pas flancher à quelques mètres du sommet.
C’est un véritable marathon vertical, un test complet pour un grimpeur.
Le dépassement par la résilience
Réaliser une telle performance est déjà un exploit en soi. Mais le faire après une période d’arrêt forcé relève de la prouesse. La blessure est une épreuve universelle dans le monde du sport. Elle sème le doute, impose la patience et demande une discipline de fer pour revenir au plus haut niveau.
Le succès de Dylan sur “Finite Infinity” n’est pas seulement une victoire physique, c’est avant tout une victoire mentale. Il démontre une capacité de résilience hors norme, une qualité que tous les athlètes, qu’ils pratiquent le running sur piste ou l’ultra-trail en montagne, cherchent à cultiver. C’est la preuve que le travail acharné, la patience et une détermination sans faille permettent de surmonter les obstacles les plus ardus.
Cette ascension s’inscrit dans la continuité de son ambition, confiée l’été dernier, de s’attaquer à des voies difficiles et naturelles dans son pays natal. En retournant à ses racines suisses pour signer ce retour, Dylan Chuat envoie un message fort : celui d’un athlète attaché à son territoire, capable de transformer les épreuves en opportunités pour briller encore plus fort.
Son parcours est une source d’inspiration. Il nous rappelle que les limites sont souvent celles que l’on s’impose et que le véritable sport, c’est cet engagement total dans la poursuite d’un objectif, quelles que soient les embûches. Nul doute que Dylan Chuat n’a pas fini de nous faire rêver et de repousser les frontières de l’escalade mondiale.

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