Dépassement Sportif : Yannick Flohé au sommet d’Excalibur (9b+), la voie qui brise les grimpeurs
Le monde de l’escalade retient son souffle. L’Allemand Yannick Flohé, 26 ans, vient de signer une performance magistrale en venant à bout d’« Excalibur », la voie d’escalade la plus difficile d’Italie. Après 19 jours d’un combat acharné, il inscrit son nom dans la légende de ce sport, rejoignant un cercle très fermé de grimpeurs. Ce succès n’est pas seulement une prouesse physique ; c’est une leçon de persévérance et de dépassement de soi qui inspire bien au-delà des falaises.
Excalibur : une forteresse de pierre réputée imprenable
Située à Drena, près d’Arco en Italie, « Excalibur » n’est pas une voie comme les autres. Cotée 9b+ (ou 5.15c dans le système américain), elle représente l’un des plus hauts niveaux de difficulté au monde. Imaginez un mur déversant à 40 degrés, où les prises sont si petites et si rares qu’elles semblent n’être que des ondulations sur la roche. C’est un défi qui exige une combinaison parfaite de force, de technique et, surtout, de force mentale.
Une voie qui choisit ses héros
Depuis sa première ascension par l’Italien Stefano Ghisolfi en 2023, « Excalibur » est devenue une sorte de mythe. De nombreux athlètes parmi les meilleurs de la planète sont venus s’y frotter, souvent pour repartir vaincus. Le légendaire Adam Ondra a lui-même abandonné le projet, jugeant le risque de blessure trop élevé sur des prises minuscules et traumatisantes pour les doigts.
Avant Yannick Flohé, seuls deux autres grimpeurs avaient réussi à répéter l’exploit : l’Écossais Will Bosi et l’Américaine Brooke Raboutou, qui a signé la première ascension féminine en 2025. La performance de Flohé le place donc comme le quatrième grimpeur de l’histoire à vaincre ce monstre de calcaire.
Un combat mental et physique de 19 jours
Le parcours de Yannick sur « Excalibur » est une véritable saga. Son aventure avec la voie commence en mars 2025. Dès ses premiers essais, il montre un potentiel énorme, grimpant très haut et laissant penser que le succès pourrait être rapide. Mais la voie est capricieuse et un mouvement en particulier va transformer son projet en un véritable combat psychologique.
Le crux du bidoigt : l’obsession d’un mouvement
La section qui a posé le plus de problèmes à l’Allemand est un passage centré sur un « bidoigt » : un trou dans lequel seuls l’index et le majeur peuvent se loger. Un mouvement d’une violence inouïe pour les tendons, qui demande une précision absolue.
« J’ai dû tomber au moins vingt fois sur ce bidoigt… et plus d’une douzaine de fois juste après », a-t-il expliqué, comme le rapporte Gripped Magazine.
À ce défi s’ajoute un autre ennemi : la roche abrasive de la falaise. La peau de ses doigts est mise à rude épreuve, l’obligeant à prendre des jours de repos forcés et frustrants. Entre les conditions météo délicates et les allers-retours incessants, le doute s’installe. « À la fin, je ne savais même plus si j’avais encore envie de l’enchaîner », confie-t-il.
Pour son dernier voyage, il change de stratégie : un jour de grimpe pour trois jours de repos complet. Une méthode qui s’apparente à l’affûtage d’un athlète de trail ou de running avant une course majeure. Cette patience a payé. Avec une peau enfin régénérée et une détermination renouvelée, il a trouvé la marge nécessaire pour clipper le relais final, presque par surprise.
Une consécration après une année 2025 exceptionnelle
Ce succès sur « Excalibur » est la cerise sur le gâteau d’une année 2025 phénoménale pour Yannick Flohé, démontrant une polyvalence rare dans le sport de haut niveau.
Voici un aperçu de son incroyable saison :
* « Story of Three Worlds » (8C+) : Une performance de classe mondiale en bloc, réalisée en février.
* « Foundation’s Edge » (8C flash) : En juillet, il réalise un exploit historique en réussissant ce bloc d’une difficulté extrême à son tout premier essai, une première mondiale.
* « Rastaman Vibrations » (9b/+) : Il signe en août la première répétition de cette voie mythique à Céüse, en France, après un investissement de 30 jours.
* Vainqueur du Rock Master : Il remporte en octobre l’une des compétitions les plus prestigieuses.
* 6ème au classement mondial : Sa régularité en Coupe du Monde de difficulté confirme sa place parmi l’élite.
Cette série de succès montre que le dépassement est au cœur de sa démarche, que ce soit sur des efforts courts et explosifs en bloc ou sur des voies d’endurance.
Et maintenant ? Un regard vers l’avenir
Après avoir repoussé ses limites sur les prises coupantes d’« Excalibur », Yannick Flohé a déjà les yeux tournés vers 2026. Son programme ? Continuer à participer aux Coupes du Monde de difficulté en Europe, mais aussi se lancer dans un projet différent.
Avec humour, il a mentionné vouloir trouver « une voie longue, avec des prises confortables ». Une façon de dire qu’il aspire à un autre type d’effort, peut-être moins traumatisant, mais tout aussi exigeant.
Quant au bloc, il semble le mettre en pause pour le moment, préférant se concentrer sur l’entraînement et les projets qui le motivent le plus. Une chose est sûre : avec un tel mental et une telle force, Yannick Flohé n’a pas fini de nous étonner. Son parcours est une source d’inspiration pour tous les amateurs de sport, rappelant que la persévérance est la clé pour transformer les obsessions en triomphes.

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